Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

musique chauve

  • Au revoir Raymond !

    Aujourd'hui je suis triste, l'ami Raymond Reynaud est parti "rejoindre le bon dieu" tout au bout du bout des "bordilles". Raymond, c'était un artiste, un vrai,  et c'était aussi un formidable révélateur d'âmes, mais c'était d'abord et avant tout un bon copain, comme dans la chanson, avec qui il faisait bon discuter d'art, d'écologie ou de jardinage. Avec ses mots inimitables, sa bonhommie naturelle, il parlait plus juste et plus vrai que bien des intellectuels consacrés. Nous nous étions rencontrés en 1991 alors que je venais d'arriver dans la région. A Caphan, chez Renée Fontaine, je lui avais montré mon travail. Et bien que ne faisant pas partie du cercle d'artistes singuliers issus du Quinconce Vert, l'atelier qu'il avait animé pendant 15 années à Salon de Provence, il avait accepté de m'intégrer dans l'exposition collective "Peintures singulières" à Saint Martin de Crau. Ensuite, tout au long des années, je l'ai revu de nombreuses fois lors de visites à sa maison atelier de Sénas, que j'ai fait découvrir à de nombreux amis. Et puis il avait eu la gentillesse de m'organiser une exposition individuelle  à Sénas au Cellier Saint Augustin, une cave à vins transformée pour l'occasion en galerie d'art. Lors d'une rétrospective de son travail organisée par la ville d'Arles, et dont je fus le commissaire5f56df43e99e23a17b5f02ee4e93f704.jpgf75056ebe109e8c2a262d7259d55038c.jpgc80da83fa485dddd54f72eacf6a420fd.jpga93294531b46bce308e247853577ce3d.jpg, j'avais écrit ce petit texte pour tenter de dire la force qui se dégageait de ce petit bonhomme.

    Peintre mystique sauvage

    << Les peintures de Raymond Reynaud, c'est du bonheur, de l'inspiration, de la force, de la couleur et beaucoup d'autres choses encore que je vous laisse la joie de découvrir tant les commentaires semblent superflus à rendre compte d'un travail aussi foisonnant. Elles ont en elles tout un monde chaleureux, inventif, d'une force et d'une expansivité jubilatoires peu communes, en parfaite adéquation avec la personnalité singulière de leur créateur.  
    Tous ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui ne s'y sont pas trompés,. Grâce à sa gentillesse, à la justesse et à la précision de ses conseils, il ont pu avancer dans le noir du dedans, découvrir petit à petit leur imaginaire et inventer leur propre technique. Car cet espace secret, cadenassé par les verrous de l'enseignement et du savoir, de l'oubli aussi ne se laisse pas apprivoiser de but en blanc. Il faut du travail et de la persévérance, de la ténacité, de la passion, et surtout ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Tout semble fait en effet pour qu'il soit presque impossible d'inventer un langage pictural personnel, encore plus si l'on n'appartient pas au sérail des artistes officiels. Les dogmes artistiques en vigueur, les poids des réseaux culturels agissent telles des machines à décerveler sur l'inspiration et la pratique des créateurs. 
    A Sénas, seul dans son coin, c'est pourtant ce que Raymond Reynaud a fait, sans se préoccuper des codes en vigueur, des courants dominants ni des canons autorisés de la beauté plastique. Pas à pas, il a su avancer dans son monde intérieur et le traduire en oeuvres, avec un style et une technique qui n'appartiennent qu'à lui. En cela, sa démarche est singulière, unique, même si fort heureusement il existe de par le monde d'autres artistes inclassables et singuliers. Certaines de ces peintures, dans lesquelles se met à jour une sorte de psychédélisme tremblé, organique, réinventent de façon inédite, sauvage, l'esprit mystique des mandalas de l'Inde, ces images conçues à l'origine comme supports à la méditation. 
    Elles nous renvoient à nous -mêmes, à cet esprit perdu de l'enfance où tous les possibles étaient permis, toutes les voies ouvertes, toutes les vies offertes. Elles nous invitent à cesser de tergiverser, de baguenauder, de perdre notre temps, à empoigner pinceaux et couleurs, pour rentrer nous aussi dans la danse de la création. >>
    L'ami Raymond s'en est allé mais son oeuvre demeure, et je ne peux que vous encourager à aller visiter l'exposition qui lui est actuellement consacrée à Salon de Provence. Je ne sais pas quelle musique écoutait Raymond, mais je sais qu'il l'aimait, il avait été saxophoniste dans divers orchestres de bal pendant sa jeunesse. En hommage, voici quelques notes du "Gai savoir" extraits de la "musique chauve" de Jean Dubuffet, qui connaissait et appréciait son travail.

    904140542d128563716007e2e9b0c85b.jpg

    7fa8979c11f068f15cc2ebbca0617737.jpg

    .

    a56e5e7178aa024f1d81c8efe6641114.jpg

    podcast

  • Animula vagula

    Il y a des sites qu'on ne se lasse pas de visiter, et le blog Animula vagula en fait partie. Les amoureux d'art brut et alentours y feront de belles découvertes, mais les chercheurs de sons ne seront pas déçus non plus. Pour preuve, dans un de ses dernier billets intitulé "GOG en goguette" la "petite âme errante" nous donne à lire un extrait de "Gog", un livre du futuriste italien Giovanni Papini. Je ne résiste pas au plaisir de le citer à mon tour, car il s'inscrit à merveille dans mes recherches pour la constitution d'une anthologie littéraire de l'invention sonore.

    "Un sifflement long, gémissant comme celui du vent du nord dans les lézardes, annonça le début du concert. Puis, derrière le rideau, un bourdonnement sombre et intermittent s’éleva, pareil à celui des ruches. Une trombe d’eau, jaillie d’une fontaine invisible, l’accompagnait de ses sourds rebondissements, et l’on entendait en même temps une mélopée stridente, comme de limes en furie. Mais le tout fut soudain dominé par un chœur solennel de rugissements léonins qui disaient l’ardente faim du désert, l’exaspération de la férocité, la terreur de l’impossible"

    Dans un autre billet, rédigé à la suite de sa visite au Marché de la Poésie, la p'tite Ani a aussi capturé au vol ces deux images de luthiers sauvages. Et quoi de mieux pour les accompagner qu'un petit air joué sur la Loillieuse, cette contrebasse bricolée en 5 jours par Eric Loillieux :
    podcast

    c4d95da88dc809066053175108c85a16.jpg443dc26d5abcf4c944d497d3576d7e83.jpg

    2324c67317689fc418188c7bf74a6254.jpg

  • Musiques en marge

    medium_Musics_in_the_Margin.2.jpgCa faisait un moment que  je cherchais une occasion de reparler d'art hors les normes, et puis voilà que je viens juste de recevoir "Musics in the Margin", éditée conjointement par le label Sub Rosa et l'association bruxelloise Art en Marge. "Musiques en marge", c'est une formidable anthologie dédiée à l' "outsider music", appelée aussi "musique chauve" par Jean Dubuffet. Ce CD rassemble des productions d'interprètes venus d'horizons divers : artistes spirites ou visionnaires, malades mentaux ou musiciens underground tel le désormais célèbre Daniel Johnston. Quel rapport avec la lutherie expérimentale me direz-vous ?  Et bien il se trouve que l'artiste qui introduit cette compilation, le français Jacques Brodier, a créé une machine appelée "Filtre de Réalité" qui permet de capter simultanément un grand nombre d'ondes radio. Le bruissement incessant des ondes courtes est distribué, "grâce à un modulateur optique inventé et « joué » par Jacques Brodier avec la lumière et l’ombre, sur un réseau de cordes vibrantes, faisant naître une trame musicale complexe où les signaux rencontrés tissent leurs harmoniques et leurs rythmes".

    Pas d'image de la machine mais un extrait du "Filtre de Réalité" ici :

    podcast