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art brut

  • Proust à la raquette

    Marcel Proust, photographie

    Marcel Proust

    Clin d'oeil, bien avant les championnats d'Air Guitar : une photo de Marcel Proust mimant un jeu de guitare sur une raquette de tennis. Clin d'oeil qui en rappelle d'autres, évoqués ici-même: souvenez-vous du piano aux touches de sucre d'Antonin Artaud, de la trompette en papier d'Adolf Wölfli ou des objet sonores et poétiques de Jacques Carelman dans son célèbre "Catalogue des objets introuvables". Instruments virtuels, instruments bricolés, instruments rêvés.

    Adolf Wölfli, trompette en papier

    Adolf Wölfli

    jacques carelman

    Grosse caisse hydraulique. Jacques Carelman

  • Cor à gidouille

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    Saviez-vous que Bison Ravi, Brisavion ou Baron Visi alias Boris Vian, qui était aussi ingénieur, eût à son actif, outre le célèbre pianocktail de L'Ecume des jours, plusieurs inventions dont le gidouillographe, appareil à fabriquer les gidouilles, la roue élastique, ou encore le cor à gidouille à 18 tours ? Avec ce dernier, le grand Boris,  s'amuse à sonner l'appel sur la terrasse de son appartement lors de réunions des membres de l'Ordre du Collège de Pataphysique dont il fut Satrape et Promoteur. Du cor à gidouille, j'avoue ne pas savoir grand chose, ne l'ayant jamais entendu ni même vu. Je n'en connais que cette photo et ce dessin de Vian lui-même extraits du livre Images de Boris Vian, publié chez Horay en 1978. Une des nombreuses chansons que Vian ecrivit, La Java martienne, évoque aussi des musiciens jouant une musique de rêve sur de bien curieux instruments, les bazouks et les strapons.

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    A ces moments perdus (qui devaient être rares) Boris Vian peignait et sculptait dans un esprit pas très éloigné de l'art brut, si l'on en juge d'après ces quelques figurines taillées dans le bois.
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  • Piano modificado de Xul Solar

    Exceptionnellement, pas de musique aujourd'hui car je n'ai pas trouvé de sons pour accompagner cette note. Les passerelles entre lutherie expérimentale et art (surtout brut, hors-les-normes et singulier, mais pas exclusivement) ne sont pas légions, et puis voilà, les bonnes résolutions c'est comme les feuilles mortes, ça s'envole dès qu'un coup de vent vient à passer, alors je n'ai pas vraiment tenu mes promesses de parler un peu plus souvent d'art. Aussi je ne pouvais vraiment pas laisser passer l'occasion de parler de l'invention du peintre, sculpteur et écrivain argentin Xul Solar (1887-1963) : le piano modifié.  Xul Solar est un artiste habituellement classé parmi les peintres surréalistes, bien qu'à mon avis son oeuvre excède largement cette catégorie. Ses recherches artistisques sont fortement teintées de spiritualité. Il s'intéressait aussi beaucoup au bouddhisme, à la réincarnation, à l'astrologie, à l'interprétation des rêves, aux civilisations précolombiennes ainsi qu'à diverses philosophies indiennes et chinoises. Il a inventé deux langues imaginaires, le neocriollo et le panlengua, 12 alphabets qu'il incorporait dans certains de ses tableaux, et un jeu nommé Panajedrez (1930). En ce qui concerne la musique, il a cherché, comme d'autres avant lui, à établir des relations entre les couleurs et les vibrations musicales, et a finalement abouti à la création du piano modificado. Je n'ai pas trouvé beaucoup d'informations sur l'instrument, mis à part ces photos.

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  • L'Art du Bricolage

    Si jamais vous avez la chance d'aller à Bruxelles dans les jours qui viennent, allez faire un tour du côté des Ateliers Claus, un lieu dont je ne sais rien mais où se déroule un festival ,"L'Art du Bricolage - Bricolage de l'Art", concept alléchant qui ne pourra que séduire les amateurs de musique chauve et d'art brut. Voici son entrée en matières : 

    "La musique, c’est une façon d’écouter tout ce qui nous entoure: les objets, les espaces... Les moyens classiques (notes, instruments) sont parfois limités et ne permettent pas de répondre à cela, de transmettre et de réinterpréter. Les musicians cherchent leur propre langage et tententde trouver la voie la plus directe entre la musique et son créateur.
    Les jouets, les utensiles de cuisine, les outils, les appareils électroménagers: tout est musique. La poésie s’abrite derrière la banalité des objets. Elle flirte avec les arts plastiques: installation, performance,sculpture… Le bricolage, le récyclage, l’art expérimental,
    le ready-made, l’art concret, naïf, d’avant-garde? En 1942, Picasso a "sculpté" une tête de taureau à l'aide d'un guidon et d'une selle de vélo de course. Il s'agit là sans doute d'une oeuvre magistrale, grandiose dans sa simplicité, accessible dans sa langue universelle. C'est dans un tel esprit que vous pouvez vivre le programme musical qui suit."
      

    Et le dit programme semble à la hauteur de ses ambitions, jugez plutôt :  exposition d'installations sonores (Pierre Bastien et Pierre Berthet), Optical Machines (Rikkert Brok et Maarten Halmans), lévitation musicale électro-bricolo (Kapotski), pop expérimentale (David Fenech), free-rock (Grimo aka Dominique Grimaud), et aussi Palo Alto, Klimperei et Madame Patate.1611554549.jpg

     

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  • Au revoir Raymond !

    Aujourd'hui je suis triste, l'ami Raymond Reynaud est parti "rejoindre le bon dieu" tout au bout du bout des "bordilles". Raymond, c'était un artiste, un vrai,  et c'était aussi un formidable révélateur d'âmes, mais c'était d'abord et avant tout un bon copain, comme dans la chanson, avec qui il faisait bon discuter d'art, d'écologie ou de jardinage. Avec ses mots inimitables, sa bonhommie naturelle, il parlait plus juste et plus vrai que bien des intellectuels consacrés. Nous nous étions rencontrés en 1991 alors que je venais d'arriver dans la région. A Caphan, chez Renée Fontaine, je lui avais montré mon travail. Et bien que ne faisant pas partie du cercle d'artistes singuliers issus du Quinconce Vert, l'atelier qu'il avait animé pendant 15 années à Salon de Provence, il avait accepté de m'intégrer dans l'exposition collective "Peintures singulières" à Saint Martin de Crau. Ensuite, tout au long des années, je l'ai revu de nombreuses fois lors de visites à sa maison atelier de Sénas, que j'ai fait découvrir à de nombreux amis. Et puis il avait eu la gentillesse de m'organiser une exposition individuelle  à Sénas au Cellier Saint Augustin, une cave à vins transformée pour l'occasion en galerie d'art. Lors d'une rétrospective de son travail organisée par la ville d'Arles, et dont je fus le commissaire5f56df43e99e23a17b5f02ee4e93f704.jpgf75056ebe109e8c2a262d7259d55038c.jpgc80da83fa485dddd54f72eacf6a420fd.jpga93294531b46bce308e247853577ce3d.jpg, j'avais écrit ce petit texte pour tenter de dire la force qui se dégageait de ce petit bonhomme.

    Peintre mystique sauvage

    << Les peintures de Raymond Reynaud, c'est du bonheur, de l'inspiration, de la force, de la couleur et beaucoup d'autres choses encore que je vous laisse la joie de découvrir tant les commentaires semblent superflus à rendre compte d'un travail aussi foisonnant. Elles ont en elles tout un monde chaleureux, inventif, d'une force et d'une expansivité jubilatoires peu communes, en parfaite adéquation avec la personnalité singulière de leur créateur.  
    Tous ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui ne s'y sont pas trompés,. Grâce à sa gentillesse, à la justesse et à la précision de ses conseils, il ont pu avancer dans le noir du dedans, découvrir petit à petit leur imaginaire et inventer leur propre technique. Car cet espace secret, cadenassé par les verrous de l'enseignement et du savoir, de l'oubli aussi ne se laisse pas apprivoiser de but en blanc. Il faut du travail et de la persévérance, de la ténacité, de la passion, et surtout ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Tout semble fait en effet pour qu'il soit presque impossible d'inventer un langage pictural personnel, encore plus si l'on n'appartient pas au sérail des artistes officiels. Les dogmes artistiques en vigueur, les poids des réseaux culturels agissent telles des machines à décerveler sur l'inspiration et la pratique des créateurs. 
    A Sénas, seul dans son coin, c'est pourtant ce que Raymond Reynaud a fait, sans se préoccuper des codes en vigueur, des courants dominants ni des canons autorisés de la beauté plastique. Pas à pas, il a su avancer dans son monde intérieur et le traduire en oeuvres, avec un style et une technique qui n'appartiennent qu'à lui. En cela, sa démarche est singulière, unique, même si fort heureusement il existe de par le monde d'autres artistes inclassables et singuliers. Certaines de ces peintures, dans lesquelles se met à jour une sorte de psychédélisme tremblé, organique, réinventent de façon inédite, sauvage, l'esprit mystique des mandalas de l'Inde, ces images conçues à l'origine comme supports à la méditation. 
    Elles nous renvoient à nous -mêmes, à cet esprit perdu de l'enfance où tous les possibles étaient permis, toutes les voies ouvertes, toutes les vies offertes. Elles nous invitent à cesser de tergiverser, de baguenauder, de perdre notre temps, à empoigner pinceaux et couleurs, pour rentrer nous aussi dans la danse de la création. >>
    L'ami Raymond s'en est allé mais son oeuvre demeure, et je ne peux que vous encourager à aller visiter l'exposition qui lui est actuellement consacrée à Salon de Provence. Je ne sais pas quelle musique écoutait Raymond, mais je sais qu'il l'aimait, il avait été saxophoniste dans divers orchestres de bal pendant sa jeunesse. En hommage, voici quelques notes du "Gai savoir" extraits de la "musique chauve" de Jean Dubuffet, qui connaissait et appréciait son travail.

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  • Animula vagula

    Il y a des sites qu'on ne se lasse pas de visiter, et le blog Animula vagula en fait partie. Les amoureux d'art brut et alentours y feront de belles découvertes, mais les chercheurs de sons ne seront pas déçus non plus. Pour preuve, dans un de ses dernier billets intitulé "GOG en goguette" la "petite âme errante" nous donne à lire un extrait de "Gog", un livre du futuriste italien Giovanni Papini. Je ne résiste pas au plaisir de le citer à mon tour, car il s'inscrit à merveille dans mes recherches pour la constitution d'une anthologie littéraire de l'invention sonore.

    "Un sifflement long, gémissant comme celui du vent du nord dans les lézardes, annonça le début du concert. Puis, derrière le rideau, un bourdonnement sombre et intermittent s’éleva, pareil à celui des ruches. Une trombe d’eau, jaillie d’une fontaine invisible, l’accompagnait de ses sourds rebondissements, et l’on entendait en même temps une mélopée stridente, comme de limes en furie. Mais le tout fut soudain dominé par un chœur solennel de rugissements léonins qui disaient l’ardente faim du désert, l’exaspération de la férocité, la terreur de l’impossible"

    Dans un autre billet, rédigé à la suite de sa visite au Marché de la Poésie, la p'tite Ani a aussi capturé au vol ces deux images de luthiers sauvages. Et quoi de mieux pour les accompagner qu'un petit air joué sur la Loillieuse, cette contrebasse bricolée en 5 jours par Eric Loillieux :
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  • Art singulier et invention d'instruments


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    podcast

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    Depuis une semaine environ, j'ai placé sur ce blog des liens vers des sites consacrés de près ou de loin à l'art brut, singulier, outsider et autres apellations non contrôlées. J'avais au départ pensé créer un deuxième blog sur ce thème, mais le temps me manquant pour faire les deux, j'ai décidé de croiser les deux sujets au gré de l'inspiration. A vrai dire, comme c'est déjà chose faite depuis l'origine dudit blog, disons seulement que j'ai décidé aujourd'hui de passer à la vitesse supérieure, tant l'envie me brûle de parler plus souvent de mon autre passion. Aussi, ne vous étonnez pas de voir  quelquefois surgir des mots et des images sans trop de relation avec l'invention d'instruments. En croisant ainsi les genres, j'espère ne pas perdre de lecteurs en route et même en gagner de nouveau, sait-on jamais...

    Pour démarrer en images cette plongée au coeur des "brutistes" et des singuliers, voici quelques peintures mandalas de Raymond Reynaud, celui que quelques journalistes en mal d'étiquette ont surnommé le "guru de Sénas". Raymond Reynaud, c'est d'abord  une parole directe, fraîche, qui va droit au coeur de ceux qui ont la chance de le rencontrer, et des mots qui pourraient aussi bien s'appliquer à beaucoup de chercheurs de nouveaux univers sonores :

    "...On doit fuir le calculé, le professionnel, le peintre doit aller vers le spontané, le mystérieux, le fantasme, le rêve, véritables langages primitifs et naturels des communications universelles.."

    Pendant de nombreuses années, Raymond a aussi joué du saxophone dans des orchestres de bal. En guise de clin d'oeil et d'hommage à cette période, quoi de mieux qu'un beau saxophone en bambou, dégotté sur le site de Julien Meissl. Au fait, connaissez-vous le xaphoon, un saxophone en bambou inventé par Brian Wittman au mileu des années 70 ? Pas assez expérimental à mon goût, mais ça sonne bien (extraits en écoute ci-dessus)

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  • Images de l'inconscient

    Je viens de terminer le livre de Nise da Silvera "Images de l'inconscient", coédité par la Halle Saint Pierre et Passage piétons éditions. Nise da Silvera (1905-1999) est une thérapeuthe brésilienne d'inspiration jungienne, spécialisée en psychiatrie, qui a longtemps travaillé au sein du Centre National psychiatrique de Rio de Janeiro, aujourd'hui rebaptisé Institut Nise da Silveira. Elle y a fondé dès 1946 la Section de Thérapeutique Occupationnelle, dotée d'ateliers de danse et de musique, d'artisanat, de théâtre, de jardinage et de peinture. En 1952, elle crée au sein de l'hôpital le "Musée des Images de l'Inconscient" qui réunit les oeuvres produites dans les ateliers de peinture et de modelage (350000 environ à ce jour). Pas trop de rapport avec la lutherie me direz-vous, quoique en cherchant bien... on trouve de bien curieuses images, comme celle-ci, dénichée à la page 145, et que Nise da Silvera décrit ainsi (je cite l'intégralité du texte bien qu'une partie seulement concerne directement l'invention sonore) : "Un tableau de la collection du Musée des Images de l'Inconscient représente de façon tout à fait significative comment le principe féminin peut absorber le principe masculin. On voit un personnage de grande taille, au torse masculin, mais cependant pourvu de seins. Les membres inférieurs  sont forts et de couleur plus sombre que le tronc. La jambe droite a été amputée au-dessous du genou, ce qui fait penser à une castration. Une ceinture étroite, dont les extrémités viennent se croiser sur le sexe, ne donne pas l'impression de cacher un sexe masculin. La main droite brandit un instrument musical de forme allongée où est suspendue une banderole sur laquelle sont inscrites des notes de musique, ce qui donne une tonalité  joyeuse à la métamorphose qui est en train de s'opérer." L'instrument représenté appartient à la famille des instruments à vents, sans doute une flûte, quoique qu'il soit difficile de l'affirmer avec certitude.

    A propos de flûte, vous trouverez ici et ici comment en fabriquer une en PVC à la manière des indiens d'Amérique du Nord, et là un court extrait  à la manière de la musique de l'Indemedium_Numeriser0006.jpgmedium_Images_de_l_inconscient.jpg

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  • Musiques en marge

    medium_Musics_in_the_Margin.2.jpgCa faisait un moment que  je cherchais une occasion de reparler d'art hors les normes, et puis voilà que je viens juste de recevoir "Musics in the Margin", éditée conjointement par le label Sub Rosa et l'association bruxelloise Art en Marge. "Musiques en marge", c'est une formidable anthologie dédiée à l' "outsider music", appelée aussi "musique chauve" par Jean Dubuffet. Ce CD rassemble des productions d'interprètes venus d'horizons divers : artistes spirites ou visionnaires, malades mentaux ou musiciens underground tel le désormais célèbre Daniel Johnston. Quel rapport avec la lutherie expérimentale me direz-vous ?  Et bien il se trouve que l'artiste qui introduit cette compilation, le français Jacques Brodier, a créé une machine appelée "Filtre de Réalité" qui permet de capter simultanément un grand nombre d'ondes radio. Le bruissement incessant des ondes courtes est distribué, "grâce à un modulateur optique inventé et « joué » par Jacques Brodier avec la lumière et l’ombre, sur un réseau de cordes vibrantes, faisant naître une trame musicale complexe où les signaux rencontrés tissent leurs harmoniques et leurs rythmes".

    Pas d'image de la machine mais un extrait du "Filtre de Réalité" ici :

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