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Art brut, musique chauve & cie

  • Il y a des vies qui dévient

    mattt konture,toupidek limonade

    La venue de Mattt Konture chez moi il y a quelques semaines n'est pas étrangère à la chronique que voici. Mattt a remarqué  le disque posé sur un présentoir du salon et m'a signalé qu'il appréciait beaucoup la musique de ce groupe. Et même si les instruments inventés ne figurent pas dans leur instrumentarium, un groupe aussi inventif et délirant méritait bien une chronique. En parallèle, relisant la comixture "Tombe la veste", je me suis aperçu que Mattt avait aussi expérimenté la lutherie sauvage avec une musique jouée sur piano en plastique et dougoudoucrayon  ! Il faudra que je lui demande des précisions sur ce crayon dougoudou !

    mattt konture

    Tant de concours de circonstances et de coincidences m'ont enfin décidé à écrire. Déjà pas mal de temps que la superbe pochette dessinée par Jean-Pierre Nadau me narguait. Le travail de Jean-Pierre Nadau ne m'était pas inconnu,. Je l'avais d'abord découvert comme journaliste au sein de l'excellente et défunte revue Notes pour laquelle il avait signé quelques articles. Je me souviens en particulier d'une page très documentée sur Chomo. Ensuite pour "L'Air de Riens", une exposition collective arlésienne organisée par Originart en 2009 dans laquelle il avait présenté plusieurs dessins de très grands formats à l'encre de Chine noire. Manque de temps, paresse, j'ai sans cesse reculé le moment d'extraire la galette de vinyl de son emballage papier avant de la poser avec précaution sur ma modeste platine qui fait tout mais pas très bien (vinyls, cds, K7, clé usb et même radio).

    Toupidek Limonade

    mattt konture,toupidek limonade,inpolysons

    Mais d'abord Toupidek Limonade kezaco ? Né en 1985, Toupidek Limonade est un trio composé de Jean Caël, basse, guitare, claviers, voix, Kwettap Ieuw, voix, percussions, et Denis Tagu, claviers, accordéon, percussion et voix. Denis Tagu est par ailleurs le fondateur du label rennais InPolySons, spécialisé dans différents courants des musiques inouïes, inentendues et inattendues, comme la toy music, la musique mécanique ou la musique brute (en référence à l'art brut de Jean Dubuffet).

    Si le nom fruité du groupe sonne comme celui d'une boisson exotique, en réalité Toupidek est un mot groenlendais se réfèrant aux petites statues sculptées dans des os de baleine qui représentent des monstres de mer aux pouvoirs magiques, et, sous le mot Limonade, point de sens caché mais un simple clin d'oeil à la célèbre boisson pétillante constituée de jus de citron, d'eau et de sucre. Dans certains contes esquimaux, le Toupidek est un petit être qui ressemble beaucoup à un lutin et qui vit dans des grottes creusées dans les glaciers du Groenland.

    toupidek limonade

    Tout ceci pourrait sembler anecdotique et pourtant, l'univers toupideklimonadien est l'exact reflet des mots et des histoires qui sous-tendent son intitulé. Fortement imprégnés d'humour dadaiste, délire pataphysique, nonsense anglais et calembours oulipiens, les titres sont à eux seuls de délicieux haikus saisis sur le vif du rasoir à mots. D'"Imaginer sa conception" à "Ethers nuitées" en passant par "Hélium d'insouciance", "Profite, rock & roll" et "Or, ni, car", on assiste à un détournement permanent du langage. Et la musique n'est pas en reste qui passe subrepticement d'une ritournelle enfantine absurde et inquiétante à une courte plage instrumentale aussitôt brisée par une rythmique obsédante, aussitôt agonisante. La musique de Toupidek Limonade surprend. Elle se joue des adjectifs comme des étiquettes. Elle est toujours là où on ne l'attend pas. Quelquefois, on aimerait que tel ou tel passage d'un morceau se prolonge mais trop tard, on est déjà emporté ailleurs. La musique de Toupidek Limonade n'est pas logique, elle tourne à l'envers des sillons et voyage au coeur des rêves.

    Des rêves qui se prolongent le temps d'un beau disque vinyl comme on en fait encore...quelquefois.

    Pour en savoir plus sur Toudidek Limonade, une page (en anglais) sur Progarchives.com : ici.

  • Proust à la raquette

    Marcel Proust, photographie

    Marcel Proust

    Clin d'oeil, bien avant les championnats d'Air Guitar : une photo de Marcel Proust mimant un jeu de guitare sur une raquette de tennis. Clin d'oeil qui en rappelle d'autres, évoqués ici-même: souvenez-vous du piano aux touches de sucre d'Antonin Artaud, de la trompette en papier d'Adolf Wölfli ou des objet sonores et poétiques de Jacques Carelman dans son célèbre "Catalogue des objets introuvables". Instruments virtuels, instruments bricolés, instruments rêvés.

    Adolf Wölfli, trompette en papier

    Adolf Wölfli

    jacques carelman

    Grosse caisse hydraulique. Jacques Carelman

  • Guitares de rêves

    Brian Chan, sculpture sonore

    Pour bien commencer l'année, voici quelques images des guitares sculptures de Brian Chan, jeune artiste écossais oeuvrant aussi dans la mode et le design. Je ne sais pas si ces instruments fonctionnent ou s'ils sont de simples sculptures. C'est par le biais du site Boooooom!que j'ai fait cette découverte. C'est également sur Boooooom! que j'ai déniché d'autres trouvailles intéressantes dont je vous parlerai demain...ou très bientôt.

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

    Brian Chan, sculpture sonore

  • Des souliers et deux hommes

    arno fabre,installation sonore

    Si vous passez par Bouzin, dans le canton d'Aurignac en Haute Garonne, les samedi 17 novembre à 17h et à 21h et le dimanche 18 novembre à 17h, vous aurez une occasion unique d'assister à l'une des trois représentations des installations sonores d'Arno Fabre et de Laurent Bigot.

    C’est en venant à l’heure dite que vous pourrez tout voir : “Les souliers” d’Arno Fabre et “Le Petit Cirque” de Laurent Bigot, pour une après-midi / soirée autour du son produit par la manipulation d’objets, mécanique ou manuelle !

    arno fabre,installation sonore

    Commençons par l’installation sonore d’Arno Fabre : une armée de souliers composée de 30 paires de chaussures. Bottines, escarpins, chaussures d’enfants, etc. frappent, frottent le sol, s’emballent ou ralentissent pour créer rythmes et contretemps. Fermez les yeux et distinguez marches joyeuses ou guerrières ; ouvrez les yeux et observez toutes ces chaussures aux tempéraments multiples (certaines sont provocantes, timides, séduisantes) ; ces orphelines de pieds semblent convoquer les fantômes de ceux qui les ont habitées, choyées ou abîmées… Fascinant.

     

    Poursuivons avec “Le Petit Cirque” de Laurent Bigot : ce passionné de musique improvisée et d’expérimentations sonores a construit une petite piste de cirque hors du commun où chaque action est guidée par le son. À partir de bouts de ficelles, de ressorts, de jouets de quincaille et autres gadgets démodés, il met en piste des numéros fragiles pour lilliputiens qui déclenchent vibrations et mélodies étonnantes. De mini voltiges en micro pirouettes, vos yeux et vos oreilles en seront tout… ébouriffés !

    laurent bigot,installation sonore

    laurent bigot,installation sonore

  • Mandalas d'eau et fleurs de sable

    Dernière note de l'été dédiée aux plaques musicales avec les oeuvres de l'artiste Stéphane Dubois. Ici, il ne sera pas à proprement parler de "plaques sonores" mais de "fleurs de sable" et de "mandalas d'eau". Installé dans le Sud Est, le plasticien Stéphane Dubois poursuit depuis de nombreuses années un travail ambitieux dans lequel invention d'instruments et expression picturale sont étroitement liés.

    Stéphane Dubois

    Tambour

    Depuis 1998 je conçois et réalise des objets sonores par souci de mise en résonance entre le masculin et le féminin exprimée jusque là par des rapports de formes pures dans mes sculptures-modelages. Depuis cette période, le rituel pictural (et les réalisations qui en résultent) associe délibérément le tambour et la toile (série "peaux végétales").

    Stéphane Dubois

    Peau végétale

     

    Parmi les nombreux instruments réalisés, citons différentes caisses de résonance pour tambour  : "montgolfière" : caisse en verre réalisée à partir d'une bombone (de 25 litres), peau de chèvre et caisse de résonance basse à partir d'une cloche en verre suspendue ; "turbine" : réalisations à partir de formes en terre cuite et/ou résine favorisant un son long et riche en harmoniques ; "gendir": bendir géant de un mêtre de diamètre réglable en hauteur, en horizontalité et en tension. Ces tambours sont utilisés pour la création de "Fleurs de sable".

    Stéphane Dubois

    Fleur de sable

    Depuis 2004 j'ai également développé des outils de visualisation du son (cimatique) qui permettent d'apprécier pleinement le lien intime unissant la forme et l'univers sonore : ces outils utilisent différentes substances (poudres, sables, liquides) et différentes modalités activatrices (percussion, voix et micro, générateur de fréquences) ainsi que différentes présentations (exposition photo, performances directes ou projection et diffusion, installations interractives). La matière sonore ainsi mise en oeuvre donne naissance à des formes et images qui offrent d'hypnotiques et étonnantes résonances à notre cosmos intérieur.

    Stéphane Dubois, cimatique

    Mandala d'eau

    Stéphane Dubois

    Mandala d'eau



     

  • Un récit sonore

    Asonie : type de surdité qui ne permet pas de distinguer un son d'un autre.

    Toujours accompagné, il prend le chemin du retour. Pas une parole n'est échangée. Tout se déroule en silence. Leurs pas sont étouffés, ils marchent sur une épaisse couche de coton. Une brume imperceptible recouvre l'atmosphère. Les sons y circulent peu, vidés de leur contenu par une machinerie aspirante. Il imagine qu'une barrière invisible rend impossible toute émission sonore. Débarassés de toute aspérité, lisses, les sons vibrent à ses oreilles dans un magma sans forme, dénué de sens et de tonalité.

    En attendant le 14 octobre,  jour de la première d'Asonie, avec Jacques Barville, Yannick Lemesle et Gérard Nicollet, voici quelques photos de répétitions prises par Serge Benkemoun qui permettent de se faire une idée de la scénographie. Plus tard, ici-même, des sons et peut-être je l'espère, une vidéo.

    asonie,yannick lemesle,jacques barville

    asonie,yannick lemesle,jacques barville

    asonie,yannick lemesle,jacques barville

    asonie,yannick lemesle,jacques barville

  • Asonie

    récit sonore

    Tous les deux ans, l'association Originart organise une exposition collective d'arts plastiques dans le cadre magique de l'Eglise des Frères Prêcheurs à Arles. Cette année, une vingtaine d'artistes enflamment la nef de ce lieu inspiré pour "Embrasez vous", 4ème exposition montée par le collectif arlésien. C'est dans une des niches de l'église qu'aura lieu le vendredi 14 octobre à 19h et 21h un spectcle intitulé "Asonie". Il s'agit du 2ème récit sonore écrit par Gérard Nicollet après "Sonotrain". Il sera interprété par Jacques Barville, comédien et Yannick Lemesle et Gérard Nicollet, live electronics, avec notamment l'utilisation d'un theremin artisanal construit par le luthier sauvage Patrice Haroutian, et le détournement sonore de GMF (Générateur à Modulation de Fréquence).

    Générateur de Fréquences

    La liberté est une sensation. On peut parfois l’atteindre, enfermé dans une cage comme un oiseau. Camilo José Cela.

    Un homme est retenu prisonnier contre sa volonté. Amnésique, il cherche à retrouver un chemin parmi les bribes de souvenirs et de sensations qui l’assaillent. Il voyage dans sa tête, s’invente des histoires, tandis que deux gardiens l’interrogent sans relâche.

     

    récit sonore, Gérard Nicollet, Yannick lemesle, Jacques Barville

  • Au revoir Raymond !

    Aujourd'hui je suis triste, l'ami Raymond Reynaud est parti "rejoindre le bon dieu" tout au bout du bout des "bordilles". Raymond, c'était un artiste, un vrai,  et c'était aussi un formidable révélateur d'âmes, mais c'était d'abord et avant tout un bon copain, comme dans la chanson, avec qui il faisait bon discuter d'art, d'écologie ou de jardinage. Avec ses mots inimitables, sa bonhommie naturelle, il parlait plus juste et plus vrai que bien des intellectuels consacrés. Nous nous étions rencontrés en 1991 alors que je venais d'arriver dans la région. A Caphan, chez Renée Fontaine, je lui avais montré mon travail. Et bien que ne faisant pas partie du cercle d'artistes singuliers issus du Quinconce Vert, l'atelier qu'il avait animé pendant 15 années à Salon de Provence, il avait accepté de m'intégrer dans l'exposition collective "Peintures singulières" à Saint Martin de Crau. Ensuite, tout au long des années, je l'ai revu de nombreuses fois lors de visites à sa maison atelier de Sénas, que j'ai fait découvrir à de nombreux amis. Et puis il avait eu la gentillesse de m'organiser une exposition individuelle  à Sénas au Cellier Saint Augustin, une cave à vins transformée pour l'occasion en galerie d'art. Lors d'une rétrospective de son travail organisée par la ville d'Arles, et dont je fus le commissaire5f56df43e99e23a17b5f02ee4e93f704.jpgf75056ebe109e8c2a262d7259d55038c.jpgc80da83fa485dddd54f72eacf6a420fd.jpga93294531b46bce308e247853577ce3d.jpg, j'avais écrit ce petit texte pour tenter de dire la force qui se dégageait de ce petit bonhomme.

    Peintre mystique sauvage

    << Les peintures de Raymond Reynaud, c'est du bonheur, de l'inspiration, de la force, de la couleur et beaucoup d'autres choses encore que je vous laisse la joie de découvrir tant les commentaires semblent superflus à rendre compte d'un travail aussi foisonnant. Elles ont en elles tout un monde chaleureux, inventif, d'une force et d'une expansivité jubilatoires peu communes, en parfaite adéquation avec la personnalité singulière de leur créateur.  
    Tous ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui ne s'y sont pas trompés,. Grâce à sa gentillesse, à la justesse et à la précision de ses conseils, il ont pu avancer dans le noir du dedans, découvrir petit à petit leur imaginaire et inventer leur propre technique. Car cet espace secret, cadenassé par les verrous de l'enseignement et du savoir, de l'oubli aussi ne se laisse pas apprivoiser de but en blanc. Il faut du travail et de la persévérance, de la ténacité, de la passion, et surtout ne pas avoir peur de sortir des sentiers battus. Tout semble fait en effet pour qu'il soit presque impossible d'inventer un langage pictural personnel, encore plus si l'on n'appartient pas au sérail des artistes officiels. Les dogmes artistiques en vigueur, les poids des réseaux culturels agissent telles des machines à décerveler sur l'inspiration et la pratique des créateurs. 
    A Sénas, seul dans son coin, c'est pourtant ce que Raymond Reynaud a fait, sans se préoccuper des codes en vigueur, des courants dominants ni des canons autorisés de la beauté plastique. Pas à pas, il a su avancer dans son monde intérieur et le traduire en oeuvres, avec un style et une technique qui n'appartiennent qu'à lui. En cela, sa démarche est singulière, unique, même si fort heureusement il existe de par le monde d'autres artistes inclassables et singuliers. Certaines de ces peintures, dans lesquelles se met à jour une sorte de psychédélisme tremblé, organique, réinventent de façon inédite, sauvage, l'esprit mystique des mandalas de l'Inde, ces images conçues à l'origine comme supports à la méditation. 
    Elles nous renvoient à nous -mêmes, à cet esprit perdu de l'enfance où tous les possibles étaient permis, toutes les voies ouvertes, toutes les vies offertes. Elles nous invitent à cesser de tergiverser, de baguenauder, de perdre notre temps, à empoigner pinceaux et couleurs, pour rentrer nous aussi dans la danse de la création. >>
    L'ami Raymond s'en est allé mais son oeuvre demeure, et je ne peux que vous encourager à aller visiter l'exposition qui lui est actuellement consacrée à Salon de Provence. Je ne sais pas quelle musique écoutait Raymond, mais je sais qu'il l'aimait, il avait été saxophoniste dans divers orchestres de bal pendant sa jeunesse. En hommage, voici quelques notes du "Gai savoir" extraits de la "musique chauve" de Jean Dubuffet, qui connaissait et appréciait son travail.

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    podcast

  • Animula vagula

    Il y a des sites qu'on ne se lasse pas de visiter, et le blog Animula vagula en fait partie. Les amoureux d'art brut et alentours y feront de belles découvertes, mais les chercheurs de sons ne seront pas déçus non plus. Pour preuve, dans un de ses dernier billets intitulé "GOG en goguette" la "petite âme errante" nous donne à lire un extrait de "Gog", un livre du futuriste italien Giovanni Papini. Je ne résiste pas au plaisir de le citer à mon tour, car il s'inscrit à merveille dans mes recherches pour la constitution d'une anthologie littéraire de l'invention sonore.

    "Un sifflement long, gémissant comme celui du vent du nord dans les lézardes, annonça le début du concert. Puis, derrière le rideau, un bourdonnement sombre et intermittent s’éleva, pareil à celui des ruches. Une trombe d’eau, jaillie d’une fontaine invisible, l’accompagnait de ses sourds rebondissements, et l’on entendait en même temps une mélopée stridente, comme de limes en furie. Mais le tout fut soudain dominé par un chœur solennel de rugissements léonins qui disaient l’ardente faim du désert, l’exaspération de la férocité, la terreur de l’impossible"

    Dans un autre billet, rédigé à la suite de sa visite au Marché de la Poésie, la p'tite Ani a aussi capturé au vol ces deux images de luthiers sauvages. Et quoi de mieux pour les accompagner qu'un petit air joué sur la Loillieuse, cette contrebasse bricolée en 5 jours par Eric Loillieux :
    podcast

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  • Art singulier et invention d'instruments


    podcast

    podcast

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    Depuis une semaine environ, j'ai placé sur ce blog des liens vers des sites consacrés de près ou de loin à l'art brut, singulier, outsider et autres apellations non contrôlées. J'avais au départ pensé créer un deuxième blog sur ce thème, mais le temps me manquant pour faire les deux, j'ai décidé de croiser les deux sujets au gré de l'inspiration. A vrai dire, comme c'est déjà chose faite depuis l'origine dudit blog, disons seulement que j'ai décidé aujourd'hui de passer à la vitesse supérieure, tant l'envie me brûle de parler plus souvent de mon autre passion. Aussi, ne vous étonnez pas de voir  quelquefois surgir des mots et des images sans trop de relation avec l'invention d'instruments. En croisant ainsi les genres, j'espère ne pas perdre de lecteurs en route et même en gagner de nouveau, sait-on jamais...

    Pour démarrer en images cette plongée au coeur des "brutistes" et des singuliers, voici quelques peintures mandalas de Raymond Reynaud, celui que quelques journalistes en mal d'étiquette ont surnommé le "guru de Sénas". Raymond Reynaud, c'est d'abord  une parole directe, fraîche, qui va droit au coeur de ceux qui ont la chance de le rencontrer, et des mots qui pourraient aussi bien s'appliquer à beaucoup de chercheurs de nouveaux univers sonores :

    "...On doit fuir le calculé, le professionnel, le peintre doit aller vers le spontané, le mystérieux, le fantasme, le rêve, véritables langages primitifs et naturels des communications universelles.."

    Pendant de nombreuses années, Raymond a aussi joué du saxophone dans des orchestres de bal. En guise de clin d'oeil et d'hommage à cette période, quoi de mieux qu'un beau saxophone en bambou, dégotté sur le site de Julien Meissl. Au fait, connaissez-vous le xaphoon, un saxophone en bambou inventé par Brian Wittman au mileu des années 70 ? Pas assez expérimental à mon goût, mais ça sonne bien (extraits en écoute ci-dessus)

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  • Images de l'inconscient

    Je viens de terminer le livre de Nise da Silvera "Images de l'inconscient", coédité par la Halle Saint Pierre et Passage piétons éditions. Nise da Silvera (1905-1999) est une thérapeuthe brésilienne d'inspiration jungienne, spécialisée en psychiatrie, qui a longtemps travaillé au sein du Centre National psychiatrique de Rio de Janeiro, aujourd'hui rebaptisé Institut Nise da Silveira. Elle y a fondé dès 1946 la Section de Thérapeutique Occupationnelle, dotée d'ateliers de danse et de musique, d'artisanat, de théâtre, de jardinage et de peinture. En 1952, elle crée au sein de l'hôpital le "Musée des Images de l'Inconscient" qui réunit les oeuvres produites dans les ateliers de peinture et de modelage (350000 environ à ce jour). Pas trop de rapport avec la lutherie me direz-vous, quoique en cherchant bien... on trouve de bien curieuses images, comme celle-ci, dénichée à la page 145, et que Nise da Silvera décrit ainsi (je cite l'intégralité du texte bien qu'une partie seulement concerne directement l'invention sonore) : "Un tableau de la collection du Musée des Images de l'Inconscient représente de façon tout à fait significative comment le principe féminin peut absorber le principe masculin. On voit un personnage de grande taille, au torse masculin, mais cependant pourvu de seins. Les membres inférieurs  sont forts et de couleur plus sombre que le tronc. La jambe droite a été amputée au-dessous du genou, ce qui fait penser à une castration. Une ceinture étroite, dont les extrémités viennent se croiser sur le sexe, ne donne pas l'impression de cacher un sexe masculin. La main droite brandit un instrument musical de forme allongée où est suspendue une banderole sur laquelle sont inscrites des notes de musique, ce qui donne une tonalité  joyeuse à la métamorphose qui est en train de s'opérer." L'instrument représenté appartient à la famille des instruments à vents, sans doute une flûte, quoique qu'il soit difficile de l'affirmer avec certitude.

    A propos de flûte, vous trouverez ici et ici comment en fabriquer une en PVC à la manière des indiens d'Amérique du Nord, et là un court extrait  à la manière de la musique de l'Indemedium_Numeriser0006.jpgmedium_Images_de_l_inconscient.jpg

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  • Hearn Gadbois, art singulier et outsider art

    medium_artsingulier.gifmedium_Gadbois_Hearn_.jpgmedium_hearng2.jpgmedium_848609187_l.jpgMême si ça n'a pas vraiment de rapport direct avec le sujet qui nous occupe, - la lutherie expérimentale -, le livre "La Bible de l'art singulier, inclassable et insolite" qui vient de paraître chez Iconofolio, en partenariat avec Artension, Artrinet, Active-Art et Le Livre d'Art, me concerne particulièrement, car j'y figure à la page 82, parmi 160 autres artistes issus de la mouvance art singulier. Ce livre est un évènement car en dehors des ouvrages "historiques" sur l'art brut, ainsi que de nombreuses monographies, il n'existe pas de livres recensant, même de manière incomplète, les travaux d'artistes singuliers contemporains. Le livre est vendu 29 euros et peut être commandé par le biais de ce blog.

    Pour accompagner cette note, j'ai choisi la musique d'Hearn Gadbois, percussionniste et inventeur américain qui a notamment travaillé avec Yoko Ono, Patti Smith, Meredith Monk et Susan Deyhim. Pas vraiment de rapport avec l'art outsider me direz-vous, mais écoutez plutôt ce qui suit.

    Après des participation dans plusieurs groupes underground, au milieu des années 90, Hearn Gallois se passionne pour le découpage du bois, créant de nombreux fétiches de poissons et d'autres animaux  marquetés de métal. Ses oeuvres ont été montrées et vendues dans différentes galeries d'art ainsi qu'à des collectionneurs d'outsider art. Je n'ai malheureusement trouvé aucune reproduction de ses créations (si vous trouvez quelque chose, je suis preneur). Parallèlement, Hearn Gadbois dessine et découpe lui-même ses instruments, principalement des tambours. Le fait de construire ses propres instruments lui a permis d'approfondir sa perception du son et a profondément influencé sa manière de faire de la musique.

    Quatre titres en écoute ici, deux cds à acheter et encore plus de musique à écouter chez CD Baby

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  • Musiques en marge

    medium_Musics_in_the_Margin.2.jpgCa faisait un moment que  je cherchais une occasion de reparler d'art hors les normes, et puis voilà que je viens juste de recevoir "Musics in the Margin", éditée conjointement par le label Sub Rosa et l'association bruxelloise Art en Marge. "Musiques en marge", c'est une formidable anthologie dédiée à l' "outsider music", appelée aussi "musique chauve" par Jean Dubuffet. Ce CD rassemble des productions d'interprètes venus d'horizons divers : artistes spirites ou visionnaires, malades mentaux ou musiciens underground tel le désormais célèbre Daniel Johnston. Quel rapport avec la lutherie expérimentale me direz-vous ?  Et bien il se trouve que l'artiste qui introduit cette compilation, le français Jacques Brodier, a créé une machine appelée "Filtre de Réalité" qui permet de capter simultanément un grand nombre d'ondes radio. Le bruissement incessant des ondes courtes est distribué, "grâce à un modulateur optique inventé et « joué » par Jacques Brodier avec la lumière et l’ombre, sur un réseau de cordes vibrantes, faisant naître une trame musicale complexe où les signaux rencontrés tissent leurs harmoniques et leurs rythmes".

    Pas d'image de la machine mais un extrait du "Filtre de Réalité" ici :

    podcast

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • La guitare muette de Ghislain

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    Vu ces images dans un très beau livre de photos de Catherine Réchard, "Système P : bricolage, invention et récupération en prison" (Ed. Alternatives, 2002). Bien que ce soit la seule invention instrumentale présentée, le livre mérite largement qu'on s'y attarde. Chaque page dévoile les trésors  d'ingéniosité et de débrouille mis en oeuvre par chaque détenu pour améliorer son quotidien. Et à la page 105, on découvre un détenu nommé Ghislain qui a fabriqué une guitare en carton et en scotch d'emballage. Il explique que comme il est interdit d'avoir une guitare en cellule, à cause des cordes qui pourraient servir d'arme, il a du imaginer cette solution pour pouvoir quand même faire de la musique. A la place des cordes, il a mis des élastiques et pour les chevilles, des petits morceaux de plastique qui viennent des cintres qui sont fabriqués en cellule. Mais la particularité la plus surprenante de l'instrument, c'est qu'il est presque totalement silencieux : "Elle ne fait pas de sons, c'est uniquement pour apprendre les accords, pour me mettre les morceaux en tête et pour pouvoir les jouer après."
    Dans la collection "guitare sommaire", voilà un instrument que n'aurait surement pas désavoué Bobby Lapointe !
    Site de l'éditeur :

  • La trompette en papier d'Adolf Wölfli

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    En voyant cette photo, je n'ai pas pu résister au plaisir de vous dire quelques mots sur Adolf Wölfli (1864-1930). Même si le fil qui nous relie à l'invention est ténu (ici une feuille de papier), il est là, bien réel, et puis, après tout, pour paraphraser le célèbre mot d'Alfred de Musset : "Qu'importe l'instrument, pourvu qu'on ait du son". Car on peut vraiment faire de la musique avec rien ou presque. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder l'objet blanc dans la main d'Adolf Wölfli : une trompette en papier avec laquelle il jouait sa propre musique. C'est le seul instrument qu'il pouvait fabriquer lui-même dans l'hôpital de La Waldau, près de Berne (Suisse) où il était interné. C'est là, après quelques années agitées, qu'il commence à dessiner et à composer de la musique. Pendant trente ans, il va exécuter des centaines de dessins, des écrits, des partitions musicales, des collages. Ses tableaux sont souvent couverts de notations musicales dont peu de personnes ont jusqu'ici réussi à percer les mystères, même si quelques compositeurs (Terry Riley, Per Norgard, Graeme Revell) se sont inspirés de son oeuvre et de sa vie dans leurs travaux. Aujourd'hui, ses dessins appartiennent aux principales collections d'art brut.

    Pas d'enregistrements d'Adolf soufflant dans sa trompinette papivore, mais des textes lus par des comédiens (il a écrit des milliers de pages) tirés d'un disque rare de 1978 :
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    Plus d'infos ici et

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  • Altagor

    medium_altagor1.jpgAujourd'hui, je veux vous parler d'un artiste total nommé Altagor, dont j'ai déja brièvement parlé pour Octopus il y a quelques mois. De son vrai nom André Vernier, il est né le 27 février 1915 à Joeuf en Lorraine. A 7 ans, il écrit de nombreux poèmes et invente déjà son propre langage. A 14 ans, alors qu'il rêve de devenir professeur de philosophie, son père l'envoie travailler à la mine. Plus tard, il découvre le surréalisme et pour survivre exerce divers métiers. Vers 1946, il monte à Paris où il fait la connaissance d'Isidore Isou, le fondateur du lettrisme. Puis, à partir de 1945, il travaille à la mise au point la Métapoésie, un langage phonétique basé sur les racines gréco-latine. Cette recherche d'une expression artistique complète le conduit également vers la peinture, puis, en 1963, vers la lutherie. Il invente et construit trois instruments originaux : le pantophone, pour cordes frottées, le le métaphone et le plectrophone, pour cordes frappées. Ces instruments sont aujourd'hui conservés par son fils, Marc Vernier.
    Plus d'infos :
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  • Charlotte Salomon

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    Bien qu'anecdotique par rapport au sujet qui nous intéresse, je ne peux pas résister à la tentation de vous parler de nouveau d'art, de "quelque chose de fou et de vraiment singulier", selon les mots mêmes de celle dont il est question ici.
    En mars dernier, je suis allé à Paris pour le Salon du Livre et j'en ai profité pour voir quelques expos. Parmi celles-ci, la magnifique et très émouvante exposition du Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme où étaient présentées 274 gouaches issues de "Vie ? ou Théâtre ?", une autobiographie en mots, en images et en musique, de Charlotte Salomon, morte à 26 ans à Auschwitz le 10 octobre 1943. Ce n'est pas le lieu, sur ce blog consacré aux inventeurs d'instruments, de s'étendre longuement sur la vie et sur l'oeuvre de Charlotte Salomon. Pour ceux que ça intéresse, vous trouverez plus d'infos sur le site de la Maison de Heidelberg, mais j'ai eu la surprise en parcourant les textes accompagnant les images de lire ces quelques lignes (gouache N° 4206), qui ne sont pas sans évoquer, bien que de manière accidentelle, certains des procédés sonores mis en oeuvre par quelques platinistes sauvages, tel Pierre Bastien dans ses "Musiques paralloidres",  :
    "Le disque fut joué si souvent qu'il finit par buter, toujours au même endroit, répétant le même passage un nombre incalculable de fois jusqu'à ce qu'on soulève l'aiguille pour la faire avancer".
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  • Chomo à l'écoute de l'univers cosmique

    medium_chomo1.jpgComme c'est dimanche, je me demandais de qui j'allais bien pouvoir parler aujourd'hui. Et puis, comme ça fait un moment que je cherchais un moyen d'écrire sur une autre de mes passions, l'art brut, j'ai soudain pensé à Chomo. Au début des années 80, j'ai eu la chance de le rencontrer deux fois dans sa maison perdue à Achères- la- forêt en Seine et Marne. Il vivait là depuis de nombreuses années, seul, dans des conditions matérielles difficiles, totalement immergé dans la création de son village d'art préludien. Il avait tout quitté lorsqu'il avait entendu en lui l'appel de quelque chose de plus grand, de plus fort que la vie conformiste du monde. Là, près de la terre, du silence, il a peint, sculpté, écrit, fait de la musique et inventé ses propres instruments à partir de matériaux de récupération. Il a aussi écrit des textes très beaux sur la musique. En voici un, extrait du livre de Claude et Clovis Prévost, "Les Bâtisseurs de l'Imaginaire" (Editions de l'Est, 1990) :
    "Les musiques dont j'ai besoin sont des musiques à inconnues, les ondes d'éternité, qui appartiennent aux forces cosmiques, à des rencontres de matériaux, de cellules sonores qui poussent des cris de joie ou de peine. C'est ça la musique pour moi. Il n'est pas question de rythme ni de notes comme faisaient les anciens : ce sont des spontanéités, des sons épurés par l'inconscient. Pour Chomo, la musique ne doit pas être écrite, elle doit être spontanée et laisser une place à l'inconscient. Chomo travaille sur des bouteilles, sur des tubes de verre, sur la harpe d'un piano désenrégimenté. ce que j'obtiens est assez satanique. Ca gueule, c'est le carrefour des contraires : les bulles sonores aux multiples facettes nacrées et la matière qui a faim de digérer la terre. C'est le grand combat d'être ou d'être dévoré par l'autre".
    medium_chomoc2.jpgEn voici un autre :
    "Quand on martyrise le fer, il crie, il se plaint. C'est très beau. La matière se plaint comme tout ce qui vit sur la terre. Ce sont des plaintes qui n'auront pas de fin. Si on écoutait les décharges publiques, c'est un peu cette musique-là qu'on entendrait. C'est le combat de la terre, de tous les matériaux."
    Je ne possède malheureusement pas d'enregistrements de la musique de Chomo. A ma connaissance, il n'en existe pas, sauf peut-être dans le film "Débarquement spirituel" que Chomo a réalisé avec Claude et Clovis Prévost.
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