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  • L'instrument qu'on ne touche pas

    Petit à petit le theremin ou theremine trace sa route. Depuis 1918, il n'a certes pas remplacé l'orchestre comme le rêvait son inventeur Lev Sergueïevitch Termen, aka Leon Thérémin ou Thérémine, mais depuis l'après-guerre et singulièrement ces dernières années, on ne compte plus les musiciens à s'être emparés de l' "instrument qu'on ne touche pas".

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    L'une des dernières en date s'appelle Pamelia Kurstin.

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    Cette américaine s'inscrit dans la tradition de la pionnière Clara Rockmore, qui avait popularisé l'instrument aussitôt après son invention. Elle privilégie la dimension "voix humaine de l'instrument" et des climats musicaux éthérés et rêveurs. A écouter son album "Thinking Loud" (Tzadik / Orkhêstra). A lire une très bonne chronique du disque sur Octopus. A signaler (merci Jean !) la seconde édition du festival Without Touch à Lippstadt, entièrement dédié au theremin. Du 12 au 14 septembre 2008, on pourra notamment y entendre quatre autres "theremin-heroes" : Lydia Kavina, Barbara Buchholz, Carolina Eyck et Wilco Botermans.

  • Okwess international

    Toujours dans la série "instrument de fortune", voici une video envoyé par l'ami Fab'. On peut y voir et y entendre Jupiter Bokoundji, le charismatique leader d'Okwess International, un groupe de Kinshasa (République Démocratique du Congo). Sur la video, Jupiter joue d'une batterie de son invention et en parle avec beaucoup d'humour. Un film de Renaud Barret et Florent de la Tullaye, "Jupiter's Dance", a été consacré à Jupiter et à son combat pour une révolution sociale et musicale.

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  • La voix des obus

    La "tradition" informelle des instruments de fortune existe partout où l'argent fait défaut et où l'on doit se débrouiller avec les moyens du bord. Comme je l'écrivais lors de mon précédent billet, "La France", c'est encore vrai en temps de guerre. A la suite de la lecture d'un article de David Cadasse, "Le chant des armes", consacré à la seconde vie des instruments de mort au Congo  (publié dans Afrik.com le 17 décembre 2003), j'ai cherché à en savoir plus sur le recyclage des armes de guerre en instruments de musique.

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    J'ai donc entamé une correspondance avec M. Moulaza, animateur et coordinateur  au sein  de l’association congolaise Convention de la Jeunesse pour la consolidation de la paix (CJCP). Il a accepté de parler de son travail au sein de l'association et m'a fait parvenir les photos qui illustrent ce billet. "Nous utilisons effectivement les debris de coques d'armes de guerre notemment celles des obus et que nous transformons en instruments de musique. Nous faisons donc la musique des armes. Et notre objectif est celui de montrer au monde une autre manière d'utiliser les armes. Je travaillais sur la possibilité de combiner les sons si effrayants de toutes les armes que j'entendais pendant les guerres connues dans notre pays. Pour vous faire une idée, lorsque vous suivez un film de guerre, vous pouvez distinguer que chaque arme grosse ou petite a son "son propre" très particulier qui la différencie des autres armes. Alors, combiner ces sons de façon à créer une musique dansable, c'était cela mon objectif premier. Et un jour au cours d'une promenade, je rencontrais ce petit groupe d'animation d'environ cinq enfants, qui jouaient avec des bidons en plastique et des seaux en tôles qu'ils frappaient avec du bois, du bambou coupé et fermé d'un côté que l'on souffle à l'aide d'un tuyau pour produire du son. Mais ils avaient aussi à côté d'eux une coque d'obus. Et l'un d'eux me repondit qu'ils essayaient de jouer avec à la place du bambou. Ce jour là était passé, et environ une semaine après, cette image et les paroles de cet enfant m'étaient revenues. C'est là où était née mon initiative. Je suis parti les voir au site où ils étaient logés (car ils étaient des déplacés de guerre) et bien que difficilement, j'avais réussi de les persuader à oublier tous les autres instruments pour ne plus jouer qu'avec ces coques d'armes de guerre, puis je commençais à leur apprendre quelques chansons en faveur de la paix. Après, j'avais agrandi le groupe et les avais inséré dans l'Association CJCP que je préside, jusqu'au moment où nous avons rencontré l'agent de People TV, Mr KAMBA qui nous avait parler de Initiative Africa, où nous étions second lauréat en 2003." M. Moulaza ne m'a malheureusement pas envoyé de musique, aussi je vous laisse imaginer les sons de ces instruments en attendant de pouvoir vous les faire entendre (prochainement je l'espère).

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  • La France

    Dans mon billet d'hier, j'avais oublié quelques infos. Tout d'abord, une image d'un violon construit par Dominique Gauvrit pour le film de Serge Bozon, "La France", Prix Jean Vigo 2007, avec pour interprètes principaux Sylvie Testud et Pascal Greggory. La musique et les chansons  du film ont été composées par Benjamin Esdraffo et Mehdi Zanad. Voici ce qu'en dit Benjamin Esdraffo :

    Nous avons pris contact avec deux spécialistes de « lutherie sauvage », Max Vandervorst (un Belge) et Dominique Gauvrit (un Vosgien). Ils nous ont fait écouter le rendu de certains instruments qu’ils composaient, et notre choix s’est porté sur deux guitares et un violon. La première guitare, dont joue Laurent Talon dans le film, est composée d’un seau à charbon et d’un manche de guitare (la « guitare charbonnière »). L’autre guitare, dont je joue, est composée d’une boîte de conserve de cornichons et d’un manche de ukulélé (le « cornichophone », variante du « choucroutophone » fabriqué avec une boîte de conserve de choucroute). Le violon dont joue Lionel Turchi a été fait à partir d’une caisse en bois. À ces trois instruments, nous avons ajouté une petite guitare de voyage, un bandonéon, un hautbois, un métallophone. Il nous fallait des instruments de petite taille. Même si le film ne cherche pas à être absolument réaliste, on voulait que reste crédible l’idée que les instruments, quand ils ne jouaient pas, pouvaient tenir dans les paquetages ou les sacs en toile des militaires. Cela nous a fait renoncer aux sons graves, car les instruments graves sont naturellement plus gros.

     

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  • Instruments de fortune

    La p'tite Ani, - celle d' Animula Vagula bien sûr -, me donne l'occasion de reparler un peu des instruments de fortune, ces drôles d'instruments de musique construits avec les matériaux qu'on a sous la main. Dans un de ces derniers posts, Les génies bruts des alpages, elle me brûle carrément le son dans les oreilles (ce qui n'est pas pour me déplaire) en annonçant  un festival  au doux nom de Feufliâzhe que je n'avais point encore repéré.

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    Car au sein de cette belle fête alpine se cache une exposition entièrement dédiée au instruments bricolés. Issus de la collection personnelle de Claude Ribouillault, ces instruments à cordes ont  été construits pour la plupart par des musiciens villageois désargentés du XIXème et XXème siècle. Et cette info me donne une bonne occasion de vous parler de l'excellent ouvrage dudit Ribouillault publié par les Editions du Rouergue,  "La Musique au fusil" (dont je vous recommande vivement la lecture), au sujet de la place de la musique durant la guerre 14-18.

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    Dans ce livre  très documenté et abondamment illustré, l'auteur présente de nombreux exemples d'instruments de fortune particulièrement émouvants quant on pense au contexte dans lequel ils ont été fabriqués.

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    On peut voir par exemple un violon construit en 1917 à partir de deux boîtes de cigares et demie par le soldat Messain, maréchal-ferrant à Courtisoles dans la Marne, un violoncelle-caisse à fruits, un violon-gourde ou encore ces orchestres de bouteilles présents aussi bien du côté français que du côté allemand.

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    Pour son film sorti en novembre 2007, La France,  le réalisateur Serge Bozon a utilisé certains de ces instruments, réinventés sous les mains de Dominique Gauvrit et Max Vandervorst, bien connus des amateurs de lutherie inventive.